Quelle est ta formation initiale ?
Un bac série B, suivi d’un BTS action publicitaire, puis d’une licence en marketing et d’un BSBA. C’est dans le cadre d’un CIF que je suis tombé dans la (e)formation par l’entremise d’un DESS Consultant en Formation Multimédia.
Pourquoi avoir décidé d’écrire les e-cri(t)s ?
En DESS j’ai commencé à m’inscrire à de nombreuses lettres d’information sur les sujets qui traversaient chaque contenu des cours auxquels j’assistais. Nous étions en pleine bulle Internet et l’eldorado pédagogique s’ouvrait (enfin) devant nous. Or au fur et à mesure de la lecture quotidienne de ma veille je mesurais la distance qui séparait le discours de la presse (essentiellement basé sur les outils et le fameux ROI) de celui de nos formateurs sur l’acte d’apprendre. C’est pour tenter de résoudre cette dissonance, de réduire la distance entre ces discours que les e-cri(t)s de Charlie sont nés. D’ailleurs le premier numéro s’attaquait à la naissance d’un nouveau site appelé toutapprendre.com. Ca ne s’invente pas. Enfin l’activité de production d’un journal sur les thématiques (e)formation a été aussi l’occasion de pratiquer de nombreux outils de travail à distance et d’en mesurer les impacts puisque l’équipe rédactionnelle (à géométrie variable) était répartie sur tout le territoire. A l’usage, je me suis vite rendu compte que ce journal de classe n’avait véritablement en soit rien d’innovant, mais qu’il était (depuis) toujours pédagogiquement très efficace. Et peut-être alors ai-je commencer à comprendre ce que nos professeurs tentaient de nous enseigner sur l’acte d’apprentissage en construisant et en utilisant « ma » propre machine à apprendre.
Peux-tu revenir sur ton projet professionnel qui était de mettre en place un parcours original de formation de formateurs ?
C’est la suite logique des constats précédents. Compte tenu des activités (d’apprentissage) et donc des compétences qu’il s’agissait de mobiliser pour travailler à distance à la production d’une œuvre collective (travail individuel, travail de sous-groupe, travail de groupe, travail thématique, travail d’écriture, de formulation, de négociation de re-formulation, d’évaluation et d’appropriation, multi-usages de multiples interfaces de communication, de partage et d’échange) il apparut normal de transférer ces compétences vers d’autres activités professionnelles. En pensant le chemin de fer d’un journal comme le chemin de faire (d’)un parcours de formation de formateur, le stagiaire avait pour objectif de participer aux nombreuses activités (et donc à mobiliser les compétences pour) nécessaires à la production d’un numéro des e-cri(t)s de Charlie. Pigiste à ses débuts pour les activités de veille, le stagiaire passait par tous les postes de l’organigramme virtuel des e-cri(t)s avec à chaque étape des activités particulières toujours en lien avec les compétences à acquérir selon un référentiel donné et, in situ, professionnalisait ses pratiques pédagogiques en matière d’intégration des TICs dans un parcours de formation. Comme celui qu’il était en train de faire par exemple…. En résumé réaliser une conférence de rédaction à distance, sur des thématique e-learning, consiste en réalité à savoir mobiliser les compétences technologiques et pédagogiques nécessaires pour animer une séance de régulation synchrone. Sous cet angle, sous cet usage, le modèle économique du dispositif coule de source : puisque de ceux qui lisent ou de ceux qui font les e-cri(t)s ce sont les derniers qui apprennent le plus, alors à charge pour eux, comme tout stagiaire de la formation, de pourvoir à son financement. Ce qui permettait d’échapper au modèle économique traditionnel et non viable d’un abonnement payant aux e-cri(t)s, tout en démontrant, une fois de plus, que ce n’est pas l’outil (ici un journal) qui fait la pédagogie mais bien l’usage que l’on peut en avoir. Il suffit ensuite d’appliquer cette réflexion à l’outil TICs pour créer des parcours, entre guillemets, innovants.
Pourquoi, à ton avis, ce projet n’a-t-il pu être mené à terme ?
Pour de nombreuses raisons mais la principale reste sans nul doute celle de la non définition d’un cadre de référence national pour faire valider le parcours de formation. Le financement de ce parcours de professionnalisation, par les stagiaires, exige que la formation soit reconnue de façon collective, c’est à dire par la branche professionnelle. Cette reconnaissance permet alors d’inclure l’action de professionnalisation dans des dispositifs de financement pour les salariés - comme le plan de formation ou plus récent, la période de professionnalisation, tous deux issus de l’ANI sur la réforme de la formation professionnelle – mais aussi pour les personnes sans emploi dans le cadre d’autres dispositifs financés selon d’autres modalités (Action de Formation Préalable à l’Embauche, Congés de reclassement…) et parfois dans des dispositifs de financement à la frontière entre ces deux sphères (CIF-CDD, VAE…). Bref, le sacro-saint diplôme était nécessaire pour tout un tas de bonnes raisons.
A l’époque, le seul diplôme à disposition était un CQP de formateur professionnel d’adultes (FPA). Mais si son référentiel de compétences, mis à jour, n’oubliait pas l’usage des TICs pour la grande majorité des activités à (savoir) réaliser pour ce métier, la possibilité d’un parcours de formation à distance n’était pas envisagée. En optant pour une ingénierie de mix-formation la voie était plus ardue encore puisque dans ce cas il fallait aussi labelliser le ou les lieux de regroupement. Quand vous louez des salles (pas nécessairement les mêmes, ni dans les mêmes régions) pour cet usage, je vous passe les détails…Bref après 3 tentatives nous avons stoppé.
L’autre piste était dans les tuyaux et elle vient justement d’en sortir il y a peu. En effet nous savions que la FFP (avec la branche professionnelle) travaillait sur la création d’un CQP de formateur-Consultant. Celui-ci est désormais disponible. Un détail cependant durant la phase d'expérimentation, le CQP de Formateur Consultant ne pourra être obtenu que par le biais de la VAE.
Alors peut-être sommes nous arrivés trop tôt comme de nombreuses start-up du e-learning dont nous nous moquions à nos débuts. Peut-être que ce nouveau CQP n’aurait pas permis d’obtenir la reconnaissance professionnelle que nous recherchions ? Peut-être n’étions-nous pas, nous mêmes, assez professionnels pour y parvenir ? Mais quand je vois, encore il y a peu, des organisations de professionnels comme Algora vouées à disparaître, je me dis alors que de nombreuses autres raisons sont ou auraient pu être à l’origine de notre arrêt.
Pourquoi décider aujourd’hui, après 5 ans d’impertinence, d’arrêter les e-cri(t)s ? Est ce parce que tu estimes qu’ils ont rempli leur mission de replacer le e-learning non plus comme un joujou d’informaticiens, mais comme une autre formule de la formation, et dans laquelle la pédagogie avait un rôle primordial ? Ou alors est-ce un certain « ras le bol » qui t’a poussé à le faire ?
Les deux mon capitaine. Il est difficile d’être impertinent pendant 5 ans. Les redites peuvent être nombreuses. D’où une déviation certaine, vers la fin des e-cri(t)s, sur la formation au sens large. L’ANI nous a donné, il est vrai, l’occasion de faire le saut. L’objectif était vraiment de transformer les e-cri(t)s en un parcours de formation pour, justement, laisser les autres écrire, aborder les thématiques qu’ils souhaitaient et leur permettre à leur tour de s’approprier la « machine à apprendre ». C’est le fait de ne pas y arriver (Cf ci-dessus) qui a, effectivement, soulevé un ras le bol certain.
Pour finir, peux-tu nous en dire plus sur ton projet professionnel actuel ?
J’aime à dire que les e-cri(t)s vont (tenter de) prendre la parole.
Sous quelle forme comptes-tu revenir pour tes fans ?
En réalité je travaille à la production d’un blog entièrement podcasté sur l’emploi, la formation et l’emploi de
la formation. Au bout du rêve cette fois-ci la réalisation, la production, la diffusion d’une radio thématique Et cette fois-ci encore les obstacles administratifs sont de poids, la recherche de partenaires inévitable, la veille technologique indispensable, le modèle économique toujours à trouver, bref le dossier plus complexe encore. Les fans trouveront ici les premières tentatives…
http://www.cerclerh.com/editorial/interview_sabeg.asp
http://www.cerclerh.com/editorial/interview_grandjean_afdec.asp
Pascal, as-tu quelque chose à ajouter ?
Qu’il existe heureusement des gens comme toi qui aide des gens comme moi J Je te souhaite bonne chance pour la suite de ton aventure dans la blogosphère ! Au plaisir de t’y lire et de t’y (re)croiser.
Charlie alias Pascal
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